mercredi 26 août 2009

CHAPITRE V - DISPARITIONS

Fritz- Joël ne croyait pas à ce qu’il assistait. Il avait l’impression de revivre la même scène : la silhouette menaçante laissant son colis sous le banc... puis le métro, et après plus rien : ni silhouette, ni paquet. Il se demandait si c'était une habitude ce paquet "oublié" sous le siège à la station Saint-Michel, ce colis qui disparaissait étrangement au moment où passait le métro de 16h50. Il se jura à cet instant qu'il reviendrait le lendemain à la même heure pour savoir si ce qu'il supposait était vrai. Son téléphone retentit alors et il regarda le numéro affiché : c'était sa fiancée. Il décrocha.

Fritz-Joël n'arrivait pas à trouver le sommeil, il était près de 4h du matin. Il était perturbé par la conversation qu'il avait eu avec Christina dans l'après-midi : sa fiancée l'avait laissé entendre qu'il agissait de manière étrange depuis son retour de l'hôpital. Elle pensait même qu'il prenait trop à coeur cette affaire de colis suspects du métro. Elle n'osait pas lui avouer qu'elle craignait pour sa santé mentale... Lui, de son côté, était devenu obsédé par ce qui lui arrivait et par la mystérieuse affaire dans laquelle il semblait avoir été jeté. Il trouva sommeil, mais cette nuit là, fait étrange, il ne fit pas de cauchemar.
Il se réveilla étrangement calme et reposé, ce qui lui semblait extraordinaire étant donné le tumulte qui avait envahit sa vie depuis ce 26 juillet où sa vie avait basculé. Il avait repensé à ses doutes, il s’était créé des histoires rocambolesques d’espionnages et de complots avant d’en venir à nouveau au problème qui le tracassait. Il fallait qu’il en parle avec quelqu’un. Il avait pris rendez-vous avec son amie, qui était surtout devenue sa confidente.

La journée s’écoula tranquillement et l’heure de son rendez-vous approchait. En chemin Fritz-Joël essayait de mettre de l’ordre dans ses idées avant de les présenter à son amie. Fritz-Joël savait qu'Audrey descendait parfois à Saint-Michel pour rentrer chez elle. Ce fut donc naturellement qu'il lui fixa rendez-vous là. Il lui ferait part de ses soupçons en toute discrétion. Sa rame quitta l'île de la Cité. C'est alors que le conducteur du métro ralentit la cadence et transmit un inquiétant message : il n'allait pas s'arrêter à Saint-Michel car un événement venait de s'y produire.
Fritz-Joël frissonna et son sang se glaça dans ses veines. Une femme poussa un cri et s’évanouie. Les passagers se turent. On n'entendait que le bruit de la rame qui continuait d’avancer dans le tunnel obscure. L’histoire se répétait-elle ? En traversant la station Saint-Michel, tous les passagers regardèrent par les fenêtres pour tenter d’apercevoir quelque chose… Rien, les quais étaient déserts. Que s'était-il donc passé ? Cette question trottait dans la tête de tous les passagers. Certains imaginaient le pire, d’autres relativisaient en se disant que c’étaient certainement des petits malins qui s’amusaient à faire paniquer les gens. Dans un moment pareil, croire en la paranoïa collective semblait être une soupape de sécurité. Mais Fritz-Joël ne pouvait se contenter de vagues explications. Il voulait en savoir plus. Cependant il devait se résoudre à attendre l'arrivée à la station suivante pour savoir ce qui s'était passé. Les quarante-cinq secondes qui le séparaient de la station suivante lui parurent être une éternité. Le métro arriva et la foule poussa un soupir de soulagement en chœur. Ils étaient arrivés sains et saufs à Odéon. L’atmosphère pesante se détendit car ce n’était pas encore un autre attentat…

Fritz-Joël se dépêcha de sortir du métro et tenta d'appeler Audrey. Il tombait sur sa messagerie... Elle aussi essayait sans doute de l'appeler. Il se dirigea vers Saint-Michel. En approchant de la fontaine, il aperçut une foule compacte et perçut un brouhaha indistinct. Il décela la présence d'un certain nombre de policiers. Ce devait être quelque chose de très grave : il arrivait en même temps que les premiers journalistes. Il aperçut alors, dans la foule une journaliste en particulier qui préparait un reportage pour une célèbre chaîne d’informations en continue. C’était la jolie Suzette M. Péhaimut. Il avait partagé quelques années scolaire à l’époque où il étudiait à Genève. Il se faufila entre les badauds et l’appela discrètement, il préférait lui demander ce qui s’était passé plutôt que de se fier aux rumeurs qui couraient déjà parmi les badauds. En effet l’une d’elle parlait du passage à tabac d’une jeune fille par des policiers, ce qui avait eu pour effet de provoquer une manifestation spontanée bloquant une partie du trafic sur les quais de la Seine au niveau de la place Saint-Michel.

Tout en se tenant sur la pointe des pieds pour tenter d’apercevoir Audrey dans la foule, Fritz-Joël écoutait ce que lui disait Suzette Péhaimut :
« D’après les informations que j’ai eu des agents de sécurité, commença a expliquer la journaliste, il semblerait qu’en réalité une jeune fille ait été victime d’un enlèvement par une groupe d’hommes armés. Ils se seraient déguisés en policiers. Pour passer inaperçu dans la foule. Mais personne ne sait ce qui s’est exactement passé, mais des témoins ont entendu des coups de feux, d’autres ont vu les hommes empoigner violemment la fille et tout en l’empêchant de crier. Ils auraient alors profité de la panique générale pour se volatiliser… Il se pourraient qu’il y ait une grosse demande de rançon, parce qu’il ne sont pas pris à un petit gibier : il s’agit de l’héritière Deulaine…
- Audrey ! s’exclama alors Fritz-Joël.
- Tu la connais ? demanda alors Suzette.
- J’avais rendez-vous avec elle dans la station… »

Il n’en croyait pas ses oreilles. Soudainement, Fritz-Joël se sentait coupable, et il avait raison car il l'était. Ses doutes s'étaient confirmés à ses dépends : le drame qui se préparait venait de se dérouler. Sans le savoir, il avait eu une part de responsabilité importante : Audrey venait de se faire enlever par un petit groupe d'hommes armés à la station Saint-Michel... si près de la préfecture de Police, si près de chez elle... à cause de lui. Il s'en voulait énormément. Mais il était surpris de voir comment ce groupe avait réussi à préparer un tel acte malgré la sécurité élevée dans le métro après le terrible attentat qui s’était produit quatre semaines plus tôt.

Extrait du quotidien Le Globe, Paris, 23 août 2007
ENLÈVEMENT DANS LE MÉTRO : LA SÉCURITÉ MISE EN DOUTE
« Hier en fin d’après-midi l’héritière du groupe Deulaine automobile a été enlevé dans le métro de Paris. Les ravisseurs s’étaient déguisés en policiers et après que des coups de feux ont retentit, et avec la cohue causée par la foule paniquée, ils se sont volatilisés en plein cœur de Paris, sans laisser de traces. Des voix s’élèvent déjà parmi les usagers qui craignent pour leur sécurité. Des associations d’usagers des transports publics ont également manifesté leur colère en expliquant que si un tel acte a pu se produire alors que le plan de vigilance anti-terroriste a été mis a son maximum, comment un attentat pourrait-il être de nouveau évite. L’’opposition met en cause les mesures de sécurité ‘‘insuffisantes, mises en place trop rapidement et sans aucune réflexion’’ e à la suite du terrible attentat qui s’est déroulé le 26 juillet dernier. »

lundi 24 août 2009

CHAPITRE IV - « C’EST UN MEURTRE »

Fritz-Joël avait convenu avec Audrey d’un rendez-vous à la station en question pour observer ce qui pourrait s’y passer. Elle s’était mise en tête, elle aussi, de participer à cette enquête. Ils espéraient en leur for intérieur que la chance leur sourirait. En attendant que l’heure arrive, Fritz-Joël prit le carnet qu'il avait toujours sur lui, et sans savoir pourquoi, il écrivit « C’est un meurtre ». Il trouvait que le temps passait terriblement lentement. Il était fébrile. Il allait retourner sur la scène où ce terrible spectacle avait commencé. Sa vie était devenue un roman policier. Ce n'est pas l'intrigue qui le dérangeait, mais les événements en eux mêmes et leurs graves conséquences. Mais l'essentiel était que cette expérience l'avait rapproché de sa vieille amie Audrey.


La sonnette retentit. Vue l'heure, il se doutait que ce devait être Audrey. Il s'en alla ouvrir la porte. Mais à sa grande surprise, ce fut le commissaire qu'il accueillit. Ce dernier était venu prendre de ses nouvelles et lui annoncer personnellement l'état de l'enquête sur l'attentat. Fritz-Joël ne savait pas s'il devait lui parler de sa découverte de l'annonce mystérieuse et de son étonnante conclusion sur le rapt qui se préparait à la station Saint-Michel. Il préféra se taire, en attendant d'avoir plus d'informations.
Le commissaire, de son côté, n'avait pas avoué à Fritz-Joël qu'il avait une piste illogique qui le plaçait au centre d'un malheureux concours de circonstances. Mais il fut interrompu par l'arrivée d'Audrey. Il ne tenait pas à ce que trop de personnes apprennent trop tôt ce qu'il supposait. Il s'en alla sachant qu'il reviendrait, ce n'était pas urgent, il n'était qu'au début de l'enquête, et son principal témoin n'avait aucune raison de lui filer entre les doigts. Peu après le départ de Clément Langlois, Audrey et Fritz-Joël s'en allèrent à pied, lentement mais sûrement, vers le lieu du commencement des ennuis.

Fritz-Joël était avec Audrey sur le quai. Il venait pour la première fois dans le métro depuis l'événement terrible auquel il avait survécu. Malgré l'appréhension qu’il ressentait, il conduisit son amie dans ses réflexions. Un passager pressé le bouscula, en se retournant pour l'interpeller, il s’arrêta net : il ne croyait pas aux fantômes, pourtant Max-Émilien Briand, son médecin suicidé, se tenait devant lui.Il resta pétrifié quelques secondes avant de pouvoir dire quelque chose. « Doc... Docteur ? Vous n'êtes pas mort ? » ont été les seuls mots qui sortirent de sa bouche. Audrey l'attrapa par le bras. Elle aussi était étonnée : elle avait peu suivi l'enquête, mais elle avait entendu les journaux parler de la tentative d'assassinat du médecin sur son ami et le suicide de ce dernier avait fait un grand scandale, tant du côté du Ministère, que du côté de la famille de Fritz-Joël. Comment se pouvait-il alors qu'il puisse se tenir devant eux ? Les morts ne pouvaient pas revenir hanter les vivants... cela n'était pas possible !
Sentant l'émotion qu'il suscitait à ses interlocuteurs, le fantôme prit la parole et se présenta. Il était Pierre-Émile Briand, le frère cadet de Max-Émilien Briand.
Fritz-Joël était troublé par la ressemblance entre Pierre-Émile et son frère, feu le médecin. Il entama alors la discussion et commença ce qui pouvait sembler être un interrogatoire, tant il lui posait des questions. Le métro d’en face arriva, mais Audrey et Fritz-Joël n’avaient pas remarqué le manège sur le quai d’en face : un étrange colis avait été abandonné puis récupéré par une autre personne. Il était 16h50.

Après les émotions, les surprises et les événements inattendus de l'après-midi, Fritz-Joël raccompagna Audrey chez elle. Elle avait la chance d'habiter un quartier tranquille au coeur de Paris, il la conduisit sur l'île Saint-Louis. C'était un chemin qu'elle faisait de temps en temps à pied quand il faisait beau. Elle se plaisait à arpenter à pied ces lieux touristiques qui faisaient rêver des millions de personnes pour rentrer chez elle.
Après avoir dit au revoir à son amie, Fritz-Joël reprit le chemin de son domicile en bus. Il attrapa un journal qui traînait sur un siège et y jeta un coup d'oeil.
Il lisait les nouvelles de l’enquête sur l’attentat du métro. Les informations restaient vagues : aucun journaliste n’avait réussi à entrer dans le secret de enquête. Cela laissait la porte ouverte à toutes sortes de rumeurs et de théories. Toutefois, un détail le chiffonnait : le frère du médecin avait affirmé qu’il était certain que Max-Émilien n’avait pas tenté de l’assassiner et qu’il ne s’était pas suicidé... Pierre-Émile était convaincu que son frère avait été assassiné parce qu'il en savait trop et que s'il était dans sa chambre d'hôpital cette nuit là, ce n'était certainement pas pour le tuer. Fritz-Joël entendait résonner l'affirmation de Pierre-Émile dans sa tête : « C'est un meurtre ». Il était persuadé en son for intérieur que cette affirmation était plus proche de la réalité que ce qu'il avait entendu jusqu'à présent. Pourtant tous les éléments prouvaient le contraire...

Le lendemain, Fritz-Joël commença sa journée tranquillement. Il songeait que ses vacances sous les tropiques auraient dû commencer le matin même, mais les événements des jours précédents avaient mis à mal ses projets et son voyage avait été repoussé à la fin de l'année. Toute la journée il réfléchit à sa rencontre de la veille. Cela le perturbait énormément. Il ne savait comment réagir face à tant d'informations contradictoires. Il décida de retourner dans le métro, il voulait encore s'imprégner de cette station où tout avait commencé. En descendant les marches, il cru reconnaître quelqu'un, se retourna et ne vit rien de particulier. Il regarda sa montre et eut un léger haut le coeur : il était 16h46. Il regarda de l'autre côté du quai et aperçu... la silhouette menaçante !

mercredi 19 août 2009

CHAPITRE III - QUI VEUT ÉPOUSER UNE RICHE HÉRITIERE ?

Après quelques jours de convalescence, de repos forcé et de réflexions intérieures, Fritz-Joël quitta l’hôpital pour rentrer chez lui. Pourtant, après avoir survécu à un attentat meurtrier et à une tentative d’assassinat, il se sentit seul et peu soutenu. Même sa fiancée, qu’il aimait plus que tout, n’était pas là. Ce fut une vielle amie qui vint l’accueillir, Audrey Tricaux-d’Heulaine. Mais l’héritière de l’un des plus grands groupes automobiles ne devait pas le fréquenter : sa vie en dépendait... Mais cela, ni lui, ni elle ne le savait. En chemin, Audrey lui apprit alors combien elle s’était inquiétée lorsqu’elle reçut le coup de fil de Christina lui apprenant qu’il faisait partie des victimes de l’attentat. Elle aimait Fritz-Joël comme son frère, ils avaient grandi ensemble. Aujourd’hui elle se préparait à avoir plus de responsabilité au sein de la société de son père, le groupe automobile Deulaine, dans l’espoir un jour de le diriger. Malgré sa fortune, elle était pourtant discrète et sobre. D’ailleurs elle passait inaperçue dans les rues, on ne la reconnaissait guère et veillait à ne pas être vue dans la presse. Elle savait que tôt ou tard elle deviendrait une personnalité publique, mais mieux valait tard. Sa profonde amitié pour Fritz-Joël, et leur solide relation, avait créé quelques frictions entre Christina et elle au début. Mais cette dernière s’était rendue compte qu’ils n’étaient qu’amis et qu’Audrey ne constituerait pas un obstacle entre elle et lui. C’était peut-être pour cela qu’elle avait laissé à Audrey la charge d’aller récupérer son fiancé.

Fritz-Joël était de nouveau chez lui, tentant de reprendre le cours de sa vie, mais il trouvait sa fiancée étrange depuis son retour. Mais ce n’est pas ce qui l’inquiétait pour le moment. Il venait de recevoir un appel de la police. L’enquête n’avançait pas à propos de l’attentat, aucun groupe terroriste ne l’avait revendiqué, aucune piste n'était privilégiée… C’était à propos du suicide de son médecin. Suicide d’autant plus mystérieux qu’une lettre d'adieu du docteur venait d’être retrouvée.
Fritz-Joël se présenta à l’Hôtel de Police. Le commissaire Clément Langlois le fit appeler. C’était un homme assez étrange, qui n’entrait dans aucun moule et était indéfinissable. Il brillait par son impertinence et se distinguait par son absence de méthode d’investigation. Il ne suivait que son intuition et pouvait changer radicalement de position au cours d’une enquête. Mais sa réputation l’avait précédée : autant le personnage était perturbant, autant ses résultats étaient spectaculaires. Avec une partie de son équipe, ils écoutèrent le visiteur.
Fritz-Joël avait fait part aux enquêteurs de ses doutes au sujet du colis suspect et du fait que le quai en question n’avait pas été touché par l’explosion. Il apprit alors que l’attaque, qui jusqu’à présent était considérée comme l’œuvre d’un groupe terroriste, était certainement un complot à l’échelle nationale, un complot qui menaçait peut-être les intérêts de la nation… Mais quel était le lien avec cette lettre ? La lettre du docteur ne mentionnait nullement les raisons pour lesquelles Max-Émilien avait tenté de l’assassiner. Il avait juste écrit : « Je suis désolé de ce que j’ai fait, je vois aujourd’hui où m’ont conduit mes choix, ma chérie je t’aimais, et je t’aime encore aujourd’hui, même si tu n’es plus avec moi. Je m’en remets à la justice divine. Adieu. Max ».
Apparemment le docteur ne s’était pas remis de la mort de sa femme, mais cela n’apportait guère de réponse à ses interrogations. Après l’entrevue avec les inspecteurs de la Police,Fritz-Joël rentra chez lui avec plus de questions que de réponses. Plus le temps passait, plus il avait l’impression que cette histoire s’assombrissait. Il se retrouvait au milieu d’une affaire opaque qui partait dans tous les sens. Il décida alors de mener ses propres investigations. Mais la partie n’était pas gagnée : comment soutirer des informations inexistantes ? Tout en réfléchissait à la façon d'agir, il prit un journal.

Fritz-Joël lisait son journal sans y prêter une grande attention. En survolant les pages des petites annonces, il regardait souvent les offres immobilières des particuliers, son regard fut attiré par une étrange annonce qui n'avait pas sa place dans ces colonnes :

Annonce n°1650 bis
AVIS DE DEMENAGEMENT APRAPT ST MICHEL PARIS 5e
EQUIPE PRETE POUR ENLEVEMENT 2-L-N HORAIRE DISPONIBLE CONTACT SOUS REF 22OU07 - 1650

Il tentait de comprendre ce qu’une annonce pour un déménagement faisant dans la catégorie « vente ». En relisant il se rendit compte qu’une coquille qui s’était glissée dans le texte. Au lieu de « Appart », il était écrit « aprapt »… « Aprapt » ? C’est bizarre, cela le faisait penser à « rapt », kidnapping… Puis il relu l’annonce en se disant que c’était peut-être là un message codé… Horreur ! Fritz-Joël ne voulait pas croire ce qu'il venait de lire : un rapt se préparait là où tout avait commencé, c'était clair. Mais comment arriverait-il à faire part aux autorités de ses convictions, lui qui avait déjà du mal à croire à ce qu'il supposait. Il appela alors Audrey, pour partager ses "découvertes". Il divaguait sûrement, le choc de l’attentat lui aura certainement secoué les neurones, mais il fallait qu’il en ait le cœur net. Au pire s’il s’était fait un film à cause d’une petite annonce mal rangée, cela lui servirait de motif pour aller voir Audrey, rester chez lui commençait à lui peser franchement.

mardi 18 août 2009

CHAPITRE II - UN TÉMOIN GENANT

Fritz-Joël était dans une semi léthargie, dans sa chambre d'hôpital sous haute surveillance. Il tentait de comprendre les événements du jour le plus long qu'il avait vécu. Il appréhendait, avec raison, l'instant où l'on viendrait le submerger de questions. Il devait faire le vide dans son esprit pour ne pas devenir plus fou qu'il ne l'était déjà. Son heure fatale n'avait pas encore sonnée, mais elle était proche.
Il revoyait des morceaux de sa vie, son enfance, son adolescence, sa rencontre avec Christina, mais ses souvenirs s'arrêtaient juste avant l'événement du métro. Il ne savait pas quand il était passé de la somnolence au sommeil profond, une chose était certaine c'est qu'il s'était endormi profondément.
Soudain,
il se réveilla en sursaut. Il haletait et était en sueur. Regardant autour de lui, il constata qu'il était toujours à l'hôpital. Il faisait nuit. Il ne voulait pas se rendormir car il revoyait dans ses rêves ce tunnel, ces corps sans vies autour de lui... Dans son cauchemar il se voyait même à la place de la silhouette menaçante, laissant son colis meurtrier et regardant ensuite les ravages de son oeuvre.
Mais la fatigue était plus forte.
Fritz-Joël était de nouveau perdu dans ses pensées et ne se rendit pas compte qu'une ombre s'approchait de lui dans l'obscurité. Au moment où il se retourna, il eut à peine le temps de voir un oreiller s'approcher de son visage. Quelqu'un tentait de le faire disparaître... Il devait certainement détenir une information importante puisqu'on voulait l'éliminer. Il se débattait avec peine, son énergie diminuait, il s'en allait...


Extrait du quotidien Le Globe, Paris, 30 juillet 2007
ATTENTATS DU MÉTRO : TENTATIVE D'ASSASSINAT SUR LE SEUL TÉMOIN VIVANT !
Dans la nuit de samedi à dimanche à l'hôpital (...) où se trouve hospitalisé M. Mont-d'Augsbourg, le seul témoin ayant survécu à l'attentat de jeudi dernier dans le métro, a été victime d'une tentative d'assassinat. Il s'agirait d'une histoire rocambolesque. Selon les informations fournies par la police, le médecin serait entré dans la chambre pour vérifier l'état de santé du témoin. Quelques minutes plus tard, le vigile qui assurait une veille auprès de la chambre, aurait entendu des cris étouffés et des bruits sourds « comme si quelqu'un se débattait », selon ses propres mots. En entrant dans la chambre, il aperçut le docteur Max-Émilien Briand qui était tombé sur le sol, tenant un oreiller à la main, tandis que le malade, qui semblait ne plus respirer, était allongé sur sont lit, les draps ayants glissés sur le sol. Il semblerait que le médecin, qui vient de perdre son épouse dans l'attentat également, ait été victime d'un accès de folie face au seul survivant de ce drame. Sa garde à vue, qui avait débuté après son arrestation, devrait être prolongée.



Fritz-Joël sortait enfin de son coma. Quelques jours plus tôt il avait été victime d'une tentative d'assassinat par... son médecin ! Son propre médecin avait voulu le tuer. Lorsqu'il apprit cela, ce fut un choc. « Pourquoi? » se demandait-il. La femme du docteur était décédée dans ce tunnel il y a quelques jours, s'agissait-il d'un coup de folie après la perte de cet être cher... surtout lorsque le patient a été le seul survivant. Fritz-Joël jeta un coup d'oeil dans sa chambre, il vit les nombreuses fleurs qui l'attendaient, et aperçut un journal daté de l'avant-veille. Il le prit et le lu.

Extrait du quotidien Le Globe, Paris, 1er août 2007
ATTENTATS DU MÉTRO : DERNIERS REBONDISSEMENTS
Le suspect de la tentative d’assassinat du témoin de l’attentat du métro s'est donné la mort en prison dans la nuit, a-t-on appris de source judiciaire. Le docteur M.-E. Briand était détenu depuis dimanche matin très tôt. Toujours selon les mêmes sources, il se serait pendu à l'aide d'un drap dans sa cellule où il était seul. Il aurait été retrouvé mort par un gardien lors d'une ronde.


Fritz-Joël était sidéré par ce qu’il venait d’apprendre : Son médecin s’était suicidé durant sa garde à vue. Tout l’univers du jeune homme s’écroulait. Sa vie devenait un enfer. Il avait l’impression d’attirer le malheur autour de lui… pourtant il avait survécu à un attentat dans le métro, et il ne savait pas pourquoi ! Ses cauchemars se multipliaient, l’empêchant de dormir. Il se sentait coupable et sombrait dans la folie.

lundi 17 août 2009

CHAPITRE I - LE METRO DE 16H50

Paris, jeudi 26 juillet 2007, station Saint-Michel. Il était 16h46 et le prochain métro devait arriver dans quatre minutes. Fritz-Joël Mont-d'Augsbourg regarda de l'autre côté du quai et aperçu une silhouette menaçante "oubliant" son colis sous le banc... Le compte à rebours avait commencé.

Fritz Joël avait soutenu sa thèse quelques semaines plus tôt et il était enfin diplômé. Il attendait le métro pour aller récupérer son billet d'avion pour s'envoler vers les mers du sud pour passer quelques semaines de vacances. Cela faisait trois ans qu'il n'avait pas eu de vraies vacances. Le programme de cette fin de journée était simple, il devait ensuite aller récupérer sa fiancée à la gare et devaient ensemble aller dîner chez l'une de ses vielles amies. Il venait de se fiancer à Christine Agathe, une étudiante en fin de diplôme qu'il avait rencontré sur lorsqu'il était chargé de cours l'année d'avant auprès des étudiants premières années. Ils avaient quelques étudiants en commun.
Il était heureux d'aller voir sa fiancée et pensait déjà à ce qu'il allait manger chez son amie Audrey Tricaux-d'Heulaine. Il était assis là, sur le quai, attendant le métro. Il aimait observer ce qui se passait dans cet univers souterrain de la plus belle ville du monde. Sans grande surprise, il se mit donc à observer les gens du quai d'en face. Il y avait en cet après-midi beaucoup de monde, surtout des touristes. Il y avait des grands, des petits, des couples, des familles, des groupes, des gens seuls... Son attention fut attirée par l'ouvrage que lisait un jeune homme debout sur le quai en face de lui. À cette distance il ne pouvait pas en distinguer le titre, mais à l'épaisseur du livre, il supposa qu'il s'agissait certainement de ce best-seller fantastique d'une certaine Jil Caroline. Derrière le jeune homme était assis un petit vieux. Il supposa que c'était un petit vieux. Le curieux personnage était recourbé et nul ne pouvait distinguer son visage de son vêtement. Il était même impossible de savoir si c'était une femme ou un homme, jeune ou vieux... Une large casquette recouvrait sa tête et ne laissait apparaître aucun cheveu. L'individu avait à ses pieds une boîte en carton entouré du classique gros ruban adhésif marron. Il soutenait d'une main sa valise à roulette. Il devait certainement rentrer d'une quelconque brocante. Le métro d'en face arriva. Il déchargea son flot de passager et se remplit aussi vite qu'il s'était rempli. Il parti. Fritz-Joël le suivi du regard et le regarda s'élancer. Il constata que le paquet du mystérieux personnage était là sous le banc. Regardant de nouveau vers le métro qui s'éloignait, il cru discerner le regard troublant et un étrange sourire sur le visage du petit vieux qui se tenait debout contre une vitre de la rame. C'est alors que son métro s'approcha. Pris dans le flot de passagers qui montait et descendait, il n'eut pas le temps de signaler le paquet oublié sur le quai. Lorsque la sonnerie retentit, il se retourna pour tenter d'entrevoir le colis, celui-ci avait disparu... or il n'y avait personne sur le quai. La rame entama sa course dans le tunnel, il était 16h50. C'étaient là les dernières choses dont il se souvenait lorsqu'il se réveilla.

Fritz-Joël ne s'était pas rendu compte qu'il gisait sur le sol, grièvement blessé. Il tentait de se remémorer les derniers événements qui l'avaient conduit là, au milieu des gravats, dans ce tunnel sombre et poussiéreux. Il se mit à tousser et ressentit une douleur au niveau de son flanc droit... Il réalisa qu'il n'entendait plus rien, pas un souffle ni une respiration. Était-il devenu sourd ou était-ce l'atmosphère sinistre qui suivait ce genre d'événement tragique? Quoi qu'il en soit, il tenta de se relever et se rendit compte de l'ampleur de la chose qui s'était abattue sur eux... Il y avait eu comme une explosion dans le tunnel. Il ne pouvait pas dire à quelle station il était sensé se trouver. La déflagration, s'il y en avait eu une, avait tout détruit. Rendant la lecture des plaques nominatives illisibles. La douleur le lançait, mais pourtant il ne saignait pas. Il tenta de se traîner vers un escalier de sortie, mais son trajet au milieu des morceaux de béton et de ferrailles en tout genre était compliqué. Il se rendit compte de l'horreur du spectacle auquel il était un acteur : il y avait de toutes part des corps, des morts, des morceaux de membres déchiquetés, des vêtements lacérés... Il voulu crier, mais aucun son ne sorti de sa bouche. Son rythme cardiaque s'accéléra, il ne pouvait supporter davantage la situation, il commença à avoir des vertige et juste avant de perdre connaissance, il cru voir des rayons de lumière qui venait du haut des escaliers. Il perdit connaissance sans avoir eu le temps d'apercevoir les secouristes.
Il était presque 20h30 lorsque Fritz-Joël fut remonté hors du tunnel du métro. Il reprit connaissance et vit qu'il était de nouveau à l'air libre.
Il avait à peine quitté le trou de la désolation et revu la lumière du jour qu’il sentit le poids de la culpabilité s’abattre sur lui : pourquoi était-il le seul survivant ? Il avait le sentiment que le pire n’était pas encore arrivé. C'était comme une intuition soudaine, et il ne savait pas pourquoi il ressentait cela à cet instant. En effet, il ne croyait pas en la théorie du complot… mais il commençait à avoir des doutes : il avait vu le colis suspect, il se souvenait de la silhouette menaçante, mais comment était-il possible que le quai en question n’aie pas été le centre de l’événement ? Il interrompit sa réflexion quand il aperçut, depuis le brancard sur lequel il était allongé, le même regard qui l’avait troublé sur le quai quelques heures auparavant… Il ne rêvait pas le petit vieux se tenait là devant lui, dans la foule comme un innocent sans reproches, et il venait constater les dégâts ! Les brancardiers poussèrent la civière sur laquelle était posée Fritz-Joël et l'ambulance dérapa à toute vitesse.

Extrait du quotidien Le Globe, Paris, 27 juillet 2007
Près de 150 morts et un unique survivant gravement blessé, dont le pronostic vital ne serait plus en jeu, c'est le triste bilan de l'attentat meurtrier qui s'est produit hier en fin d’après-midi dans le métro parisien. Pour le moment il n’a pas été revendiqué. Il est encore trop tôt pour parler d’un acte d’Al-Qaida, il semblerait toutefois que c’est la piste privilégiée. Les menaces islamistes proférées contre la France étaient prises très au sérieux par les ministères de l’Intérieur et de la Justice, après la confirmation de menaces faite par un centre américain spécialisé dans la surveillance des communications du réseau terroriste.