Fritz-Joël avait convenu avec Audrey d’un rendez-vous à la station en question pour observer ce qui pourrait s’y passer. Elle s’était mise en tête, elle aussi, de participer à cette enquête. Ils espéraient en leur for intérieur que la chance leur sourirait. En attendant que l’heure arrive, Fritz-Joël prit le carnet qu'il avait toujours sur lui, et sans savoir pourquoi, il écrivit « C’est un meurtre ». Il trouvait que le temps passait terriblement lentement. Il était fébrile. Il allait retourner sur la scène où ce terrible spectacle avait commencé. Sa vie était devenue un roman policier. Ce n'est pas l'intrigue qui le dérangeait, mais les événements en eux mêmes et leurs graves conséquences. Mais l'essentiel était que cette expérience l'avait rapproché de sa vieille amie Audrey.
La sonnette retentit. Vue l'heure, il se doutait que ce devait être Audrey. Il s'en alla ouvrir la porte. Mais à sa grande surprise, ce fut le commissaire qu'il accueillit. Ce dernier était venu prendre de ses nouvelles et lui annoncer personnellement l'état de l'enquête sur l'attentat. Fritz-Joël ne savait pas s'il devait lui parler de sa découverte de l'annonce mystérieuse et de son étonnante conclusion sur le rapt qui se préparait à la station Saint-Michel. Il préféra se taire, en attendant d'avoir plus d'informations.
Le commissaire, de son côté, n'avait pas avoué à Fritz-Joël qu'il avait une piste illogique qui le plaçait au centre d'un malheureux concours de circonstances. Mais il fut interrompu par l'arrivée d'Audrey. Il ne tenait pas à ce que trop de personnes apprennent trop tôt ce qu'il supposait. Il s'en alla sachant qu'il reviendrait, ce n'était pas urgent, il n'était qu'au début de l'enquête, et son principal témoin n'avait aucune raison de lui filer entre les doigts. Peu après le départ de Clément Langlois, Audrey et Fritz-Joël s'en allèrent à pied, lentement mais sûrement, vers le lieu du commencement des ennuis.
Fritz-Joël était avec Audrey sur le quai. Il venait pour la première fois dans le métro depuis l'événement terrible auquel il avait survécu. Malgré l'appréhension qu’il ressentait, il conduisit son amie dans ses réflexions. Un passager pressé le bouscula, en se retournant pour l'interpeller, il s’arrêta net : il ne croyait pas aux fantômes, pourtant Max-Émilien Briand, son médecin suicidé, se tenait devant lui.Il resta pétrifié quelques secondes avant de pouvoir dire quelque chose. « Doc... Docteur ? Vous n'êtes pas mort ? » ont été les seuls mots qui sortirent de sa bouche. Audrey l'attrapa par le bras. Elle aussi était étonnée : elle avait peu suivi l'enquête, mais elle avait entendu les journaux parler de la tentative d'assassinat du médecin sur son ami et le suicide de ce dernier avait fait un grand scandale, tant du côté du Ministère, que du côté de la famille de Fritz-Joël. Comment se pouvait-il alors qu'il puisse se tenir devant eux ? Les morts ne pouvaient pas revenir hanter les vivants... cela n'était pas possible !
Sentant l'émotion qu'il suscitait à ses interlocuteurs, le fantôme prit la parole et se présenta. Il était Pierre-Émile Briand, le frère cadet de Max-Émilien Briand. Fritz-Joël était troublé par la ressemblance entre Pierre-Émile et son frère, feu le médecin. Il entama alors la discussion et commença ce qui pouvait sembler être un interrogatoire, tant il lui posait des questions. Le métro d’en face arriva, mais Audrey et Fritz-Joël n’avaient pas remarqué le manège sur le quai d’en face : un étrange colis avait été abandonné puis récupéré par une autre personne. Il était 16h50.
Après les émotions, les surprises et les événements inattendus de l'après-midi, Fritz-Joël raccompagna Audrey chez elle. Elle avait la chance d'habiter un quartier tranquille au coeur de Paris, il la conduisit sur l'île Saint-Louis. C'était un chemin qu'elle faisait de temps en temps à pied quand il faisait beau. Elle se plaisait à arpenter à pied ces lieux touristiques qui faisaient rêver des millions de personnes pour rentrer chez elle.
Après avoir dit au revoir à son amie, Fritz-Joël reprit le chemin de son domicile en bus. Il attrapa un journal qui traînait sur un siège et y jeta un coup d'oeil. Il lisait les nouvelles de l’enquête sur l’attentat du métro. Les informations restaient vagues : aucun journaliste n’avait réussi à entrer dans le secret de enquête. Cela laissait la porte ouverte à toutes sortes de rumeurs et de théories. Toutefois, un détail le chiffonnait : le frère du médecin avait affirmé qu’il était certain que Max-Émilien n’avait pas tenté de l’assassiner et qu’il ne s’était pas suicidé... Pierre-Émile était convaincu que son frère avait été assassiné parce qu'il en savait trop et que s'il était dans sa chambre d'hôpital cette nuit là, ce n'était certainement pas pour le tuer. Fritz-Joël entendait résonner l'affirmation de Pierre-Émile dans sa tête : « C'est un meurtre ». Il était persuadé en son for intérieur que cette affirmation était plus proche de la réalité que ce qu'il avait entendu jusqu'à présent. Pourtant tous les éléments prouvaient le contraire...
Le lendemain, Fritz-Joël commença sa journée tranquillement. Il songeait que ses vacances sous les tropiques auraient dû commencer le matin même, mais les événements des jours précédents avaient mis à mal ses projets et son voyage avait été repoussé à la fin de l'année. Toute la journée il réfléchit à sa rencontre de la veille. Cela le perturbait énormément. Il ne savait comment réagir face à tant d'informations contradictoires. Il décida de retourner dans le métro, il voulait encore s'imprégner de cette station où tout avait commencé. En descendant les marches, il cru reconnaître quelqu'un, se retourna et ne vit rien de particulier. Il regarda sa montre et eut un léger haut le coeur : il était 16h46. Il regarda de l'autre côté du quai et aperçu... la silhouette menaçante !
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