Fritz- Joël ne croyait pas à ce qu’il assistait. Il avait l’impression de revivre la même scène : la silhouette menaçante laissant son colis sous le banc... puis le métro, et après plus rien : ni silhouette, ni paquet. Il se demandait si c'était une habitude ce paquet "oublié" sous le siège à la station Saint-Michel, ce colis qui disparaissait étrangement au moment où passait le métro de 16h50. Il se jura à cet instant qu'il reviendrait le lendemain à la même heure pour savoir si ce qu'il supposait était vrai. Son téléphone retentit alors et il regarda le numéro affiché : c'était sa fiancée. Il décrocha.
Fritz-Joël n'arrivait pas à trouver le sommeil, il était près de 4h du matin. Il était perturbé par la conversation qu'il avait eu avec Christina dans l'après-midi : sa fiancée l'avait laissé entendre qu'il agissait de manière étrange depuis son retour de l'hôpital. Elle pensait même qu'il prenait trop à coeur cette affaire de colis suspects du métro. Elle n'osait pas lui avouer qu'elle craignait pour sa santé mentale... Lui, de son côté, était devenu obsédé par ce qui lui arrivait et par la mystérieuse affaire dans laquelle il semblait avoir été jeté. Il trouva sommeil, mais cette nuit là, fait étrange, il ne fit pas de cauchemar.
Il se réveilla étrangement calme et reposé, ce qui lui semblait extraordinaire étant donné le tumulte qui avait envahit sa vie depuis ce 26 juillet où sa vie avait basculé. Il avait repensé à ses doutes, il s’était créé des histoires rocambolesques d’espionnages et de complots avant d’en venir à nouveau au problème qui le tracassait. Il fallait qu’il en parle avec quelqu’un. Il avait pris rendez-vous avec son amie, qui était surtout devenue sa confidente.
La journée s’écoula tranquillement et l’heure de son rendez-vous approchait. En chemin Fritz-Joël essayait de mettre de l’ordre dans ses idées avant de les présenter à son amie. Fritz-Joël savait qu'Audrey descendait parfois à Saint-Michel pour rentrer chez elle. Ce fut donc naturellement qu'il lui fixa rendez-vous là. Il lui ferait part de ses soupçons en toute discrétion. Sa rame quitta l'île de la Cité. C'est alors que le conducteur du métro ralentit la cadence et transmit un inquiétant message : il n'allait pas s'arrêter à Saint-Michel car un événement venait de s'y produire.
Fritz-Joël frissonna et son sang se glaça dans ses veines. Une femme poussa un cri et s’évanouie. Les passagers se turent. On n'entendait que le bruit de la rame qui continuait d’avancer dans le tunnel obscure. L’histoire se répétait-elle ? En traversant la station Saint-Michel, tous les passagers regardèrent par les fenêtres pour tenter d’apercevoir quelque chose… Rien, les quais étaient déserts. Que s'était-il donc passé ? Cette question trottait dans la tête de tous les passagers. Certains imaginaient le pire, d’autres relativisaient en se disant que c’étaient certainement des petits malins qui s’amusaient à faire paniquer les gens. Dans un moment pareil, croire en la paranoïa collective semblait être une soupape de sécurité. Mais Fritz-Joël ne pouvait se contenter de vagues explications. Il voulait en savoir plus. Cependant il devait se résoudre à attendre l'arrivée à la station suivante pour savoir ce qui s'était passé. Les quarante-cinq secondes qui le séparaient de la station suivante lui parurent être une éternité. Le métro arriva et la foule poussa un soupir de soulagement en chœur. Ils étaient arrivés sains et saufs à Odéon. L’atmosphère pesante se détendit car ce n’était pas encore un autre attentat…
Fritz-Joël se dépêcha de sortir du métro et tenta d'appeler Audrey. Il tombait sur sa messagerie... Elle aussi essayait sans doute de l'appeler. Il se dirigea vers Saint-Michel. En approchant de la fontaine, il aperçut une foule compacte et perçut un brouhaha indistinct. Il décela la présence d'un certain nombre de policiers. Ce devait être quelque chose de très grave : il arrivait en même temps que les premiers journalistes. Il aperçut alors, dans la foule une journaliste en particulier qui préparait un reportage pour une célèbre chaîne d’informations en continue. C’était la jolie Suzette M. Péhaimut. Il avait partagé quelques années scolaire à l’époque où il étudiait à Genève. Il se faufila entre les badauds et l’appela discrètement, il préférait lui demander ce qui s’était passé plutôt que de se fier aux rumeurs qui couraient déjà parmi les badauds. En effet l’une d’elle parlait du passage à tabac d’une jeune fille par des policiers, ce qui avait eu pour effet de provoquer une manifestation spontanée bloquant une partie du trafic sur les quais de la Seine au niveau de la place Saint-Michel.
Tout en se tenant sur la pointe des pieds pour tenter d’apercevoir Audrey dans la foule, Fritz-Joël écoutait ce que lui disait Suzette Péhaimut :
« D’après les informations que j’ai eu des agents de sécurité, commença a expliquer la journaliste, il semblerait qu’en réalité une jeune fille ait été victime d’un enlèvement par une groupe d’hommes armés. Ils se seraient déguisés en policiers. Pour passer inaperçu dans la foule. Mais personne ne sait ce qui s’est exactement passé, mais des témoins ont entendu des coups de feux, d’autres ont vu les hommes empoigner violemment la fille et tout en l’empêchant de crier. Ils auraient alors profité de la panique générale pour se volatiliser… Il se pourraient qu’il y ait une grosse demande de rançon, parce qu’il ne sont pas pris à un petit gibier : il s’agit de l’héritière Deulaine…
- Audrey ! s’exclama alors Fritz-Joël.
- Tu la connais ? demanda alors Suzette.
- J’avais rendez-vous avec elle dans la station… »
Il n’en croyait pas ses oreilles. Soudainement, Fritz-Joël se sentait coupable, et il avait raison car il l'était. Ses doutes s'étaient confirmés à ses dépends : le drame qui se préparait venait de se dérouler. Sans le savoir, il avait eu une part de responsabilité importante : Audrey venait de se faire enlever par un petit groupe d'hommes armés à la station Saint-Michel... si près de la préfecture de Police, si près de chez elle... à cause de lui. Il s'en voulait énormément. Mais il était surpris de voir comment ce groupe avait réussi à préparer un tel acte malgré la sécurité élevée dans le métro après le terrible attentat qui s’était produit quatre semaines plus tôt.
Extrait du quotidien Le Globe, Paris, 23 août 2007
ENLÈVEMENT DANS LE MÉTRO : LA SÉCURITÉ MISE EN DOUTE
« Hier en fin d’après-midi l’héritière du groupe Deulaine automobile a été enlevé dans le métro de Paris. Les ravisseurs s’étaient déguisés en policiers et après que des coups de feux ont retentit, et avec la cohue causée par la foule paniquée, ils se sont volatilisés en plein cœur de Paris, sans laisser de traces. Des voix s’élèvent déjà parmi les usagers qui craignent pour leur sécurité. Des associations d’usagers des transports publics ont également manifesté leur colère en expliquant que si un tel acte a pu se produire alors que le plan de vigilance anti-terroriste a été mis a son maximum, comment un attentat pourrait-il être de nouveau évite. L’’opposition met en cause les mesures de sécurité ‘‘insuffisantes, mises en place trop rapidement et sans aucune réflexion’’ e à la suite du terrible attentat qui s’est déroulé le 26 juillet dernier. »
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